La faute est dans les moyens, bien plus que dans les principes 2ème dimanche de l’Avent, année B Le 6 décembre 2020

Publié le Publié dans Homélies

Lectures :

Is 40,1-5.9-11 : Dans le désert, préparez le chemin du Seigneur ; tracez droit, dans les terres arides, une route pour notre Dieu

2 P 3,8-14 : … il prend patience envers vous, car il veut que tous parviennent à la conversion.

Mc 1,1-8 : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers.

Parfois, ça vaut quand- même le coup de se tourner vers le passé pour constater le chemin que nous avons déjà parcouru… Ce que nous et nos amis avons été capables de réussir et ce que nous avons raté tout simplement, même si, parfois, ce n’était pas entièrement par négligence ou par manque de courage.
Alors, je me souviens de tels ou tels collègues, brillants dans leurs études qui, avec une facilité déconcertante, assimilaient tout ce que nous était enseigné.
On leur prédisait donc une belle carrière et, finalement, même s’ils ne sont pas complètement perdus dans la vie, ce qu’ils ont réussi est bien loin de ce qu’on avait espéré pour eux.

Dans votre entourage, vous trouvez des gens qui, par exemple, ont toujours rêvé d’écrire un livre, de se mettre à la peinture ou à la musique mais les années passant, rien de tel ne se produit.

Ils en sont toujours au départ de leur rêve : pas un livre écrit, ni un chant appris, ni même le moindre tableau peint.

D’autres personnes rêvent d’avoir une belle maison mais elles finissent leur vie dans l’appartement ordinaire d’une ville banale.


Certes, tous les rêves et les projets juvéniles ne peuvent pas forcément se réaliser à cause des circonstances, des mauvais choix, des aléas de la vie,
donc on ne devrait pas s’en vouloir : on a tâché de réussir mais les circonstances nous en ont empêché.

Néanmoins, je voudrais parler d’un cas particulier qui freine fortement l’élan de l’homme dans la réalisation de plans audacieux.

Il s’agit du choix de moyens complètement inadaptés à la finalité recherchée. Autrement dit, contrairement au proverbe « impossible n’est pas français », on ne se donne pas les moyens de ses ambitions.

Napoléon Bonaparte lui-même avait dit à ce propos lors de ses longues méditations solitaires à Sainte Hélène :

la faute est dans les moyens bien plus que dans les principes.

Et c’est ce qui nous guette aussi et se produit, souvent d’ailleurs, sur le plan de la vie spirituelle.

Si je vous demande :

Croyez-vous en Dieu ? L’aimez-vous ? Le priez-vous ?

Vous me répondrez : bien sûr, car nous sommes chrétiens.

Néanmoins, si je poursuivais en vous demandant quels moyens vous mettez en œuvre pour entretenir cette flamme de la foi et de la charité, vos réponses tourneraient autour d’une prière par-ci, par-là, un gentil coup de fil à une vieille tante, une messe dominicale, de temps à autre un coup d’œil sur l’Evangile du jour, entre le croissant et une gorgée de café…

Et cela est très bien… continuez, continuez…

Pourtant, reconnaissons franchement que ces moyens sont plutôt maigres.

Le Christ nous a vus grands : vous êtes la lumière du monde, le sel de la Terre! Vous êtes citoyens des cieux et mes ambassadeurs dans le monde….

Hélas, le sommes-nous assez ?

Nous devrions être debout depuis longtemps, alors que nous sommes encore à quatre pattes comme des bébés à l’étape de la reptation, à gazouiller : gouzi, gouzi, guili-guili.

Cependant, Dieu envoie son messager qui crie dans le désert : préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers.

Oui, nous l’avons bien entendu,

Oui, nous l’avons bien compris, mais nous ne progressons pas faute d’utiliser des moyens sérieux pour entreprendre un véritable chantier de conversion.

Avez-vous déjà observé la construction d’une route ou d’une autoroute ?

Ce n’est pas avec une pelle et une pioche qu’on parvient à la réaliser.

Il faut faire venir des bulldozers, des pelles mécaniques, des décapeuses appelées aussi scrapers, des niveleuses, des tombereaux géants, des camions qui, une fois sur le chantier, abattent les arbres, arrachent avec rage leurs racines profondes, arasent la surface, creusent des tranchées, déplacent des tonnes de terre…

Ainsi, le paysage est complètement bouleversé, tout est détruit, tout n’est plus qu’un champ de désolation.

Pourtant, quelques mois après, à sa place, une route bien plane voit le jour, ses abords sont bien aménagés, des panneaux routiers colorés sont mis en place.
On peut donc avancer plus vite vers le but.

Sur le plan spirituel, les choses se passent de même. Si nous n’employons pas les grands moyens pour rompre avec ce qui est mauvais dans notre vie, soit nous n’avancerons pas, soit nous tournerons en rond.

Reprenons la 1ère lecture tirée du prophète Isaïe :

Tracez droit, dans les terres arides, une route pour notre Dieu.

Que tout ravin soit comblé, toute montagne et toute colline abaissées !

Que les escarpements se changent en plaine, et les sommets, en large vallée !

Alors se révélera la gloire du Seigneur. »

Le temps de l’Avent n’est pas le simple rafraîchissement d’une pièce à coups de pinceau. C’est un chantier de refondation, ou plutôt de reconversion de vie afin de la rendre capable d’accueillir le grand mystère de la foi :

le Verbe s’est fait chair pour notre salut.


Sinon, ce sera un Avent de plus écoulé, un Noël vécu sans doute avec quelques joies et plaisirs à l’appui, fête oblige, mais sur le plan spirituel, nous n’avancerons pas. Nous stagnerons là où nous en sommes déjà.

        Je me souviens d’une réponse de David Livingstone, l’un des héros les plus populaires et les plus emblématiques de l’époque victorienne. Il était également médecin, missionnaire protestant et passionné par la culture de l’Afrique qu’il explorait.

Ainsi, un jour, la société de mission avec qui il collaborait lui a envoyé une lettre annonçant qu’elle l’aiderait volontiers dans sa mission en lui octroyant des personnes pour l’aider, mais elle y mettait un préalable :

  • existait-t-il une bonne route pour les acheminer.

Livingstone répondit sur le champ : si vous n’avez que des gens qui veulent aller là où il y a déjà une route confortable, moi, je n’en ai pas besoin.

Par contre je cherche des volontaires qui voudraient venir même là où il n’y a aucune route.


        Personnellement, je suis toujours étonné de voir certains disciples du Christ souhaiter arriver au ciel à moindre frais, sans trop d’effort, évitant toute fatigue, voyageant en première classe, bref, en touriste.

Peut-être cela est-il possible, mais en lisant la Bible, j’en doute quand-même!

                                                                                                         Amen