Unique face du même miroir Dimanche des Rameaux, année B Le 28 mars 2021

Publié le Publié dans Homélies

Lectures :

Is 50,4-7 : Je n’ai pas protégé mon visage des outrages et des crachats.

Ph 2,6-11 : C’est pourquoi Dieu l’a élevé au-dessus de tout

Mc 14,1-15,47 : L’Evangile de la Passion…

Si vous vous souvenez bien du conte des frères Grimm intitulé Blanche Neige, vous savez que le motif principal des péripéties de la protagoniste était dû à la jalousie.

Ainsi, le roi, père de Blanche Neige, après le décès de sa maman, s’était remarié avec une femme très belle mais orgueilleuse et méchante.

Elle était également narcissique, à tel point que chaque jour, elle demandait à son miroir magique qui était la plus belle femme du royaume. Sachant que le miroir en question ne savait pas mentir, il lui répondait que c’était elle la plus belle et qu’il n’y en avait aucune autre qui l’égale…, jusqu’au jour où la petite princesse Blanche Neige, bien qu’encore enfant, devint plus belle que sa marâtre.

Cette nouvelle déclencha une telle furie chez la belle-mère que celle-ci ordonna à un chasseur de tuer une fois pour toutes la concurrente.


Bien qu’elle ne soit qu’un conte, l’histoire de Blanche Neige poursuivie par la jalousie répète celle de notre Seigneur.

Pilate ne se trompe pas sur les vraies intentions des grands prêtres : il se rend bien compte que c’est par jalousie que le Christ est livré.

Il tente alors de le sauver…, mais, poussée à son paroxysme, la jalousie assassine !

Elle ne pardonne pas d’être mise à nu.

Eh oui ! les chefs du peuple juif se prenaient pour des êtres supérieurs. Oh ! bien supérieurs aux autres !

Dépositaires d’un savoir important, cultivés, détenteurs du pouvoir sur le sacré et sur ce qui concerne le lieu le plus important pour le peuple juif, à savoir :
le temple de Jérusalem, ils s’étaient approprié Dieu.

Lui n’était plus le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob…

Il était devenu leur Dieu, dans le sens qu’il était pris en otage par leurs idées, leurs passions, leur enseignement.

Le Dieu Tout-Puissant était tenu en otage dans ces tenailles des multiples préceptes qui transformaient la foi en une cage dorée.

La liberté d’enfant de Dieu était devenue un esclavage à la domestique.

Et, tout à coup, le Christ surgit…

Il parle avec fougue des béatitudes… Vous êtes bienheureux si vous avez un cœur pur et soif de la justice…

Je ne vous appelle plus mes serviteurs mais je vous appelle mes amis.

Dieu est amour, vous le savez bien, mes frères ?

N’oubliez pas, quand vous priez, de dire : Dieu notre Père qui es aux cieux.

Dieu est un père qui vous aime passionnément.

Alors, ne poussez pas aux orties votre mémé, mais plutôt vos fausses conceptions de Dieu. Libérez-vous du carcan des opinions péremptoires…

Retrouvez le droit chemin…

Rien d’étonnant donc à ce que les chefs des peuples n’aient pas été contents
d’un tel enseignement. Jusque-là, ils étaient les seuls interprètes de ce qu’il fallait comprendre et en quoi il fallait croire.

L’arrivée de Jésus brisait le miroir de leur autosatisfaction et du monopole sur le croire.

Pour eux, la décision ne pouvait être que la condamnation à mort :

Crucifie-le, crucifie-le !… hurlaient-ils pour étouffer la voix de leur conscience et le vide de leur accusation infondée.

Et comme c’est le cas souvent dans de semblables situations, on utilise un simulacre de justice afin que les apparences soient sauves…

Ainsi le Christ, quoi qu’innocent, est remis par les sbires du grand prêtre au pouvoir séculier. Une bonne excuse pour ne pas assumer sa propre responsabilité…

Les accusations se multiplient donc, le vacarme monte, la confusion trouble l’objectivité du jugement…

Tout est fait pour que la vraie défense ne puisse s’organiser…

Les dés sont pipés…

Le Christ le comprend très bien.

Conduire un homme à la mort sans qu’il puisse d’aucune manière se défendre
est un crime de faibles. Impardonnable, s’il n’y avait Dieu pour dépasser la notion de justice ! […]

La vérité se tait, car il y aurait trop à reprendre.

Elle s’exprimera plus tard sur un mont et au croisement de poutres.
Parfois, en présence de l’offense, du mépris, de l’affront et de la fausseté, il est bon de rester muet face aux juges qui jamais ne cernent totalement la responsabilité des parties. Ici-bas, des coupables jugent des coupables, des impurs jugent des impurs, des imparfaits jugent des imparfaits.[1]

          Pour découvrir et accueillir la vérité, il faut rester jusqu’au bout au pied de la croix…, jusqu’à ce que le cœur soit transpercé…

Jusqu’à entendre : vraiment, cet homme était Fils de Dieu !


[1] Michel-Marie ZANOTTI-SORKINE, l’Evangile à cœur ouvert, éd. Robert Laffont, Paris, 2018, p.456