Chercher à imiter Dieu 19ème dimanche du temps ordinaire, année B, le 8 août 2021

Publié le Publié dans Homélies

Lectures :

1R 19,4-8 : Lève-toi, et mange, car il est long, le chemin qui te reste…

Eph 4,30-5,2 : Oui, cherchez à imiter Dieu…

J 6,41-51 : je suis descendu du ciel…

Le fragment de la lettre de st Paul aux Ephésiens et surtout la phrase « frère, cherchez à imiter Dieu », m’a fait penser à une histoire drôle concernant le pape Léon XIII, vivant au XIX siècle. C’était encore à l’époque où les grands de ce monde se laissaient communément immortaliser sur des œuvres d’art.

Le Pape Léon XIII, issu d’une noble famille de comtes italiens, a donc décidé de convoquer un artiste. Je ne sais pas s’il a été mal conseillé ou si la renommée du peintre était exagérée, mais une chose est sûre : l’artiste en question était médiocre.

Cependant, flatté par la sollicitation papale, celui-ci se prit au défi avec enthousiasme.

Et comme ses paires d’envergure, il ne voulut pas montrer au pape, qui posa ainsi plusieurs jours de suite, le résultat de son travail avant de l’avoir complètement fini.

Le jour « j » est donc arrivé. Le tableau a enfin été achevé.

Le peintre, avec fierté, invite donc le pape à venir devant le chevalet.  

En regardant son portrait, le pape fut complétement abasourdi.

Le peintre prit, quant à lui, le silence du pontife pour un bon augure.

Si le pape ne dit rien – pensait-il – c’est que les effets artistiques ont dépassé ses attentes.

Alors conforté dans ses pensées, l’artiste s’en réfère à Léon XIII :

Votre Sainteté, qu’en pensez-vous ?

Quel commentaire faites-vous de cette œuvre ?

Le pape, forcé de sortir de sa discrétion mais voulant pourtant rester courtois, répondit :

Mon cher maître…

Je regarde votre tableau…et, une phrase de notre Seigneur bienaimé m’est venue à l’esprit :

N’ayez pas peur, c’est moi !!!!

Ainsi le pauvre pape ne s’était pas reconnu sur le tableau….

       Cette drôle d’anecdote n’est plus si amusante, si nous la transposons sur nous – chrétiens – qui, a priori, devons être à l’image du Christ. 

N’est-il pas vrai que certaines personnes extérieures nous regardant, observant notre conduite, nos prises de position, nos péchés dont nous n’avons pas honte, ne pourraient pas s’écrier :

Quel décalage entre l’originale et la copie ?!

Quelle défiguration de Dieu ?!

Franchement, la vie quotidienne des chrétiens ne leur fait pas honneur…

D’ailleurs, ceux qui nous le reprochent souvent et refusent de croire et de suivre le Christ disent souvent : si la foi ne produit pas forcément de bons fruits, à quoi bon être catholique.

       Pour éliminer ce fâcheux argument, malheureusement parfois très évident, nous devons répondre et mettre en pratique les consignes de St Paul,  lui-même confronté à des critiques similaires. Aujourd’hui il s’adresse à nous comme autrefois aux Ephésiens :

Frères, n’attristez pas le Saint-Esprit de Dieu, qui vous a marqué de son sceau…

L’Apôtre des nations ajoute :

Amertume, irritation, colère, éclats de voix ou insultes, tout cela doit être éliminé de votre vie, ainsi que toute espèce de méchanceté.

De surcroît, pour st Paul, il ne suffit pas de se débarrasser de quelques mauvaises habitudes, encore faut-il positiver, c’est-à-dire augmenter la masse du bien dans le monde dans lequel nous vivons.

D’où son complément : soyez entre vous pleins de générosité et de tendresse.
Pardonnez-vous les uns aux autres, comme Dieu vous a pardonnés dans le Christ.

Pardon, générosité, tendresse…

Trois moyens positifs qui nous rendent semblables au Christ, qui nous rendent reconnaissables comme ses disciples, de plus en plus conformes à son enseignement. 

Par conséquent, la foi que nous professons, prend chair. Elle nous transforme visiblement et transforme aussi la société autour.

Là où les chrétiens ressemblent à leur Maitre, l’Evangile devient palpable, incarné.

Il devient la force d’esprit, la lumière du monde et le sel de la terre.

Enfin, il est du pain véritable, capable de nourrir et de donner la vie éternelle.

Comprenons bien ces deux logiques complètement opposées.

  • La première qui concerne les chrétiens qui ne se forcent pas trop à imiter le Christ ni à le suivre de près. Ils croient, mais leur quotidien est quelconque…

Eux-mêmes insatisfaits et frustrés, empêchent les autres de voir en Christ le principe de leur vie. 

Par la suite, les communautés, les paroisses, les groupes de prière se rétrécissent de plus en plus jusqu’à disparaitre complétement ou n’exister qu’en petit comité fermé.

  • En revanche, il y a une deuxième logique selon laquelle les disciples du Christ prennent au sérieux la parole du Christ : il a la vie éternelle celui qui croit.

Ce « croire » est ensuite appliqué dans le concret de leur quotidien. Ils travaillent sur eux, ils désignent fidèlement l’image du Christ dans leur être, éradiquant les vices, acquérant de nouvelles vertus.

Par la suite, leurs communautés évoluent, devenant des haltes spirituelles, des lieux où eux-mêmes s’abreuvent. Et puis, ils deviennent comme des anges – envoyés de Dieu – en vue de nourrir et de fortifier ceux qui s’arrêtent en chemin, à l’instar d’Elie dont nous avons entendu l’histoire lors de la première lecture.

Mes chers amis

J’ai eu la chance d’être votre curé pendant 12 ans…

Pendant 12 ans, nous avons cheminé ensemble…

Nous avons fait route vers le Christ…

Personnellement, je suis très heureux de ce temps que j’ai vécu parmi vous et avec vous…

Beaucoup de choses m’ont réjoui…,

La plupart des projets pastoraux ont réussi et donnent aujourd’hui de beaux fruits…

A la fin du mois, j’écrirai sur la feuille paroissiale tout ce que nous avons fait ensemble depuis mon arrivée : ce sera un petit compte rendu du passé. J’y insérerai également les textes que j’ai écrits en juin dernier au sujet des projets qui devraient se poursuivre dans les temps à venir.

Ainsi, vous et le nouveau curé, verrez mieux la route que nous avons parcourue ensemble et comment la grâce de Dieu nous a accompagnés sur ce chemin.

Je pense que nous avons déclenché une saine dynamique au sein de notre communauté paroissiale !

Cependant si je vous disais :

Ça y est, tout est bien, notre vie se réfère complétement à la vie du Christ, notre route est achevée, je vous mentirais !

         Je vous invite donc, mes frères et sœurs bienaimés, à aller plus loin.
Non, dans le sens spatial… Je vous invite à avancer au large.

Reprenez le pinceau de la persévérance…

Mettez sur la palette tous vos talents et tout ce qui est bon en vous, afin que les personnes que vous rencontrerez ne crient pas d’épouvante mais s’exclament de joie d’avoir croisé sur leur route quelqu’un qui ressemble au Christ…

                                                                                           Ainsi-soit-il