Au dire des gens, qui est finalement la paroisse ? Solennité St Pierre et St Paul Fête patronale de la paroisse Solennité St Pierre et St Paul en Val d’Azergues Messe d’au revoir du père P.Krezel, curé de la paroisse Eglise st martin à Chasselay, le 27 dimanche 2021

Publié le Publié dans Homélies

Lectures :

Ac 12,1-11 : Vraiment, je me rends compte maintenant que le Seigner a envoyé son ange…

2 Tm 4,6-8.17-18 : Le Seigneur m’arrachera encore à tout ce qu’on fait pour me nuire.

Mt 16,13-19 : Et vous, que dites-vous ?

Mes frères et sœurs bien aimés, j’aimerais reprendre à notre compte la question que notre Seigneur pose à ses plus proches disciples :

au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ?

Puis je vais l’adapter au contexte qui est le nôtre : notre paroisse fête cette année les 20 ans de sa création et moi, son curé depuis 12 ans, vais devoir la quitter dans quelques semaines pour une nouvelle mission.

Alors, ma question modifiée est la suivante :

au dire des gens, qui est finalement l’Eglise catholique ?

Et pour être encore plus concret, je demande :

la paroisse, qui est-elle pour le peuple ?

Je pense que cette question mérite d’être posée et, réellement, elle ne profane en rien celle tirée de l’Evangile d’aujourd’hui puisque, nous le savons bien, l’Eglise est le corps mystique du Christ dont Lui est la tête et nous ses membres. Alors, posant la question sur Jésus, pouvons-nous légitimement la transposer à l’Eglise et à la Paroisse, sa plus petite partie qui, par nature, se trouve être la plus liée à la vie des gens : le corps du Christ à portée de main, si je puis dire.

Et justement, que disent d’elle ceux qui la fréquentent ?

Pour certains, la paroisse est une structure administrative du diocèse qui, à son tour, fait partie intégrante d’une province ecclésiastique puis elle-même, à son tour, appartient à une structure nationale en communion permanente avec le Pape, le vicaire du Christ sur terre et le successeur de Saint Pierre.

Pour d’autres, la paroisse est un lieu que l’on fréquente de temps en temps dans le but de bénéficier de ses nombreux services, allant des aides sociales et sanitaires, comme c’est le cas dans ses nombreux pays de mission, à l’éducation garantissant un meilleur niveau de scolarisation.

Pour d’autres encore, la Paroisse est l’évidente première porte à laquelle on frappe si l’on veut bénéficier des sacrements ou des funérailles chrétiennes.

Et tout ce que je viens de dire n’est pas faux car la Paroisse est un peu tout cela, comme le médecin généraliste est le premier contact pour le malade.

Néanmoins, ce ne sont pas ses aspects structurels et utilitaires qui épuisent l’essence même de la Paroisse et ce qu’elle devrait être pour le disciple du Christ.
Tout d’abord, la Paroisse est un lieu de communion avec le Christ et avec tant d’autres frères et sœurs dans la foi qui vivent sur le même territoire ou à proximité.

La Paroisse, avant même d’offrir un service, devrait surtout être un lieu où la présence du Christ soit perceptible.

Si nous ne Le rencontrons pas d’abord dans la Paroisse, peut-être est-il grand temps de la fermer, de la réorganiser ou changer son curé !

Il n’y aurait aucune excuse pour maintenir une structure vidée de son sens
et de sa mission première. A quoi bon faire tourner la boutique si elle n’a plus rien d’important à proposer.

La Paroisse est et devrait être le premier lieu de la résurrection !

Combien de fois ai-je entendu des personnes se plaindre de ne pas être nourris spirituellement dans leurs paroisses respectives. Certes, des messes y sont célébrées, certes, les sacrements y sont administrés, certes, quelques groupes y recrutent mais la foi vivante n’y existe plus. On n’y discerne plus le ciel dégagé au-dessus du quotidien sombre et menaçant.

Par le fait de tout horizontaliser et aplanir pour que cela devienne plus digestible par les ouailles, la verticalité de la relation entre Dieu – homme n’est que peu perçue. La recherche à tout prix d’un dénominateur commun et le désir de satisfaire tout un chacun banalise tout, ne mène à rien, sauf à vider nos églises.
La Paroisse, donc son curé et ses membres, doivent avoir en permanence l’audace de faire des choix évangéliques, catholiques, quoiqu’il en coûte.

Si la Bonne Nouvelle s’est toujours répandue par le passé, c’est parce qu’elle osait proposer un chemin de vie exigeant et la vision de la porte étroite du salut. L’abaissement du niveau ne sera jamais une solution aux maux de l’homme contemporain : il n’est que la démission et la carence de l’espérance.

Assumer, par chacun des disciples du Christ, des choix forts, nets, clairs et précis collabore activement avec la grâce de Dieu.

Si Simon Pierre a reçu la promesse de devenir la pierre sur laquelle le Christ bâtirait son Eglise, c’est suite à sa réponse sans ambiguïté : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant.

Simon a ainsi pris le risque de dire ce que son cœur pressentait et ce en quoi sa foi croyait. Et il en a été largement récompensé.

Si la Paroisse et ses membres restent dans le flou doctrinal, son enseignement et sa liturgie ne sont plus orthodoxes, sa catholicité se pulvérise et sa communauté se sectarise, à l’instar d’une famille qui ne pratique plus les mêmes codes et les mêmes valeurs. Si tel est le cas, la question du divorce et de la séparation se posera à elle inévitablement un jour ou l’autre.

Si j’insiste sur la notion de famille en parlant de la paroisse, c’est parce que je suis convaincu que la paroisse vue et vécue comme une famille est fondamentale pour la perception de l’Eglise. Si nous ne vivons pas en paroisse comme en famille, nous ne serons jamais crédibles aux yeux du monde.

Les premières communautés de Chrétiens étaient jalousées par le monde décadent de l’Empire romain car les païens, voyant les Chrétiens et leurs relations entre eux se disaient : comme ils s’aiment, comme ils s’entraident, comme ils prient.

           Bien évidemment, quand on parle de la famille, il ne s’agit pas de l’idéaliser. Vous savez comme moi que, dans nos familles, nous connaissons aussi des soucis car tous ses membres ne sont pas parfaits et les conjoints ne sont pas sans reproche.

Néanmoins, par les liens du sang et par la vie commune, la famille est le lieu où l’amour s’exerce, se dépasse et grandit.

Même si nos familles ne sont pas les meilleures du monde, nous savons que c’est le lieu où nous pouvons être nous-mêmes et à l’abri du malheur car notre Maman, notre Papa, notre grand frère sont toujours prêts à en découdre avec ceux qui veulent nous faire du mal.

Et c’est ça, la vraie paroisse : un abri solide contre les mauvais coups de l’extérieur. Donc cela devrait être complètement naturel et spontané qu’au sein de la paroisse, les fratries se serrent les coudes et se viennent en aide mutuellement.

         Mes frères et sœurs bien aimés, en regardant en arrière, je pense que nous avons réussi notre communauté paroissiale. Souvent, des gens arrivant de l’extérieur pour une célébration ou une visite éclair me disent :

votre paroisse est chaleureuse…;  votre accueil nous a touchés ; on s’y sent bien, votre joie de croire est palpable ; il y a quelque chose de vrai et d’apaisant.

Pas plus loin qu’avant-hier, l’un de vous m’a dit que notre paroisse n’exclut personne, permettant à toutes les sensibilités de coexister.

Que Dieu en soit loué !

Un autre indice, preuve que nous sommes passés de l’anonymat à la famille,
est le fait que, souvent, une fois la messe terminée, vous restez longtemps sur le parvis à discuter, rire, être bien ensemble.

De plus en plus, j’apprends que vous vous sollicitez mutuellement et souhaitez que quelqu’un de la communauté paroissiale devienne parrain, marraine de votre enfant lors de son baptême. Vous vous retrouvez plus fréquemment à une soirée, à un mâchon, à un temps de prière. 

Voilà le décloisonnement qui s’opère, permettant de prendre conscience que mon frère, ma sœur dans la foi font partie intégrante de ma famille.

Certes, la marge de progrès reste encore à confirmer. Rien n’est acquis pour toujours dans la foi, comme ce peut être le cas dans vos foyers et vos couples. La famille demande 24 heures d’attention.

         Afin que vous puissiez encore progresser dans la communion entre vous et le Christ, j’aimerais, pour finir, vous donner quelques consignes. Je pense qu’elles méritent d’être mémorisées si vous souhaitez réaliser de nouveaux et ambitieux projets pastoraux.


N’écoutez donc jamais ceux qui, face à de nouvelles propositions, vous disent : on ne l’a jamais fait, ni ceux qui disent : on l’a toujours fait.

Dans mes expériences de curé, j’ai rencontré pas mal de Cassandre et de doctes imposteurs qui savaient tout à l’avance, se prenaient pour les concierges de l’Eglise…, sortes de guichetiers des sacrements…, bref, gardiens du temple.
Au lieu d’écouter l’Esprit Saint et suivre leur liberté d’enfant de Dieu, ils passaient leur temps à ressasser les acquis ou à empêcher les nouveautés.

           Mes frères et sœurs bienaimés, Dieu ne dépend pas du temps, même s’il agit dans le temps. Il en est de même pour nous, l’Eglise.
La Paroisse devrait toujours vivre au présent, car le passé ne lui appartient plus et l’avenir pas encore.

Alors, étant à l’heure de votre vie, votre foi et votre charité ne passeront jamais de mode car elles seront constamment renouvelées par l’Esprit vivifiant.

Ne vous laissez pas voler votre soif de vivre en Chrétien en temps réel.
N’oubliez pas que vous êtes la lumière du monde et que l’on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau : on la met sur le lampadaire afin qu’elle illumine tous ceux qui sont dans la maison.

                                                                                           Amen.